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JUSQU’À QUAND MON ENNEMI SERA-T-IL LE PLUS FORT ? 01/04/2026

Les situations de violence, de guerre qui secouent nos sociétés encore aujourd’hui nous révèlent la présence du mal. Il est là ! Il est dans l’échec, la maladie, la mort. Il est dans la domination, la dictature et les guerres, dans la famine et la misère. Il est là, et alors se pose à nous la question du « pourquoi ? pourquoi le mal ? ». Face à cette réalité, certains se contentent de répondre que Dieu n’existe pas, sinon, il interviendrait pour éviter ces souffrances. D’autres ont la lucidité de constater que souvent, les Hommes sont responsables car le mal vient du cœur de l’Homme, c’est l’échec de l’Homme. Mais alors, peut se poser la question : pourquoi Dieu ne fait rien ou n’intervient pas pour faire cesser le mal ? Ce doute, cette perplexité doivent résonner encore plus fort dans nos cœurs, au moment où nous célébrons le Vendredi Saint et la mort de Jésus sur la croix. En effet, comment peut-on parler de Dieu lorsque nous arrivons à ce moment où il semble abandonner ce Jésus qui n’avait cessé de se réclamer de Lui, qui l’a fait connaître, et qui pourtant va mourir sur la croix ?

Poursuivons notre raisonnement : pour nous, les hommes, la puissance est contradictoire avec la faiblesse. Si Dieu est Dieu, il est tout puissant, il ne peut pas être faible. Si Dieu est Dieu, il est tout, il ne manque de rien. Il possède tout. Et si Jésus est Dieu, il doit en posséder tous les pouvoirs ! Pourtant, nous devons bien reconnaître que cette conception de la puissance ne résiste pas à la lumière de la passion, de l’humiliation et de la mort de Jésus. Ainsi, nous devons admettre que notre idée de la puissance de Dieu doit être reconsidérée ! Et lorsque nous arrivons à la passion, force est de constater que l’image du crucifié ne cadre pas avec l’image du « Tout Puissant » que nous nous faisons de Dieu !

En effet, Jésus est Dieu et c’est bien lui qui a souffert et qui est mort… lui, le Fils. Mais que faisait alors le Père ? Les paroles de Jésus résonnent douloureusement à nos oreilles : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» (Mt 27, 45) Comment un père qui aime son fils peut-il l’abandonner ? Comment imaginer que le Père soit resté indifférent à la mort de son Fils, celui qu’il appelait « mon Fils bien aimé » ? Et pourtant, le fait est là ! Le Fils fait l’expérience de l’abandon de Dieu. Alors qu’il a vécu toute sa vie en communion constante avec son Père, au moment où il en a humainement le plus besoin, cette communion semble brisée, absente : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est comme si le Fils de Dieu était devenu étranger à Dieu. C’est l’interrogation de tous les pauvres, de tous les déshérités et opprimés de la terre, de ceux qui souffrent… Incompréhension face à ce qui arrive et souffrance devant l’abandon. Où est Dieu ? Pourquoi ne fait-il rien ? Pourquoi ?

Nous voici donc revenus à notre question de départ ! Dans l’expérience que nous faisons des échecs, des découragements, de la solitude, de l’abandon, devant l’injustice ou la violence du monde, dans l’expérience de la mort, nous est-il possible de croire en Dieu ? Si oui, de quel Dieu s’agit-il ? Quel est ce Dieu en qui nous pouvons croire quand l’Homme est radicalement mis en question ? Quel est le Dieu de l’Homme crucifié, ce Dieu en qui il continue à croire ?

Dieu devait-il empêcher son fils Jésus de nous aimer jusqu’à mourir en croix pour nous révéler jusqu’où va l’amour de son Père pour l’humanité ? Jésus a dénoncé l’hypocrisie et le mensonge, l’exploitation et l’exclusion, la haine et le non-respect d’autrui. Il s’est engagé de toutes ses forces contre les puissances du mal. Il n’a pas expliqué le mal. Il l’a combattu. Au cœur de sa passion, il l’a affronté en toute vérité. Il a crié sa peur et sa soif, mais il ne s’est pas détourné. Comment ce combat gigantesque entre Dieu et le mal, Satan, aurait-il été possible si le Père était intervenu pour faire cesser ce scandale de la mort d’un innocent ? Nous savons que la victoire viendra au matin de Pâques. Mais en attendant, tandis que le Fils souffre d’être abandonné, le Père souffre d’abandonner son Fils, souffre de la souffrance de l’amour, de la souffrance d’un Père. Folie de la croix, folie de l’Amour de Dieu pour nous !

« O Croix, sublime folie, O Croix de Jésus Christ
Dieu rend par toi la vie et nous rachète à grand prix,
L’amour de Dieu est folie, O Croix de Jésus Christ »

+ Monseigneur Jean-Pierre COTTANCEAU

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